Thursday, April 14, 2011

11/04 Fukushima : un mois d'erreurs de communication

LEMONDE.FR | 11.04.11 | 18h11 • Mis à jour le 14.04.11 | 11h27

Il y a un mois, la terre tremblait au Japon, avant qu'une vague géante n'emporte 13 000 personnes et fasse 14 000 disparus. Le gouvernement japonais, l'opérateur de la centrale Tokyo Electric Power (Tecpo) et l'agence japonaise de sûreté nucléaire ont depuis multiplié les bourdes et les annonces contradictoires.

11 mars. "Un risque de fuite radioactive limitée." Alors que les premières images du séisme font le tour du monde, personne n'a encore les yeux rivés sur Fukushima. Le gouvernement japonais fait état un peu plus tôt d'un "risque de fuite radioactive limitée" à la suite d'une panne du système de refroidissement d'un réacteur de cette centrale

12 mars. Evacuation dans un rayon de 10 km. Une explosion a lieu à la centrale nucléaire de Fukushima. Les premiers rapports sur de forts taux de radioactivité autour du site ont un écho dans la presse. Un niveau de radioactivité 1 000 fois supérieur à la normale a été détecté dans la salle de contrôle du réacteur numéro 1 de Fukushima Dai-Ichi, annonce l'agence de presse Kyodo, citant une commission de sécurité. Le premier ministre japonais, Naoto Kan, demande aux habitants d'évacuer dans un rayon de 10 kilomètres autour de ce site mais dément les chiffres avancés par Kyodo.

A l'époque, l'opinion japonaise reste globalement solidaire du gouvernement et proteste contre le sensationalisme et l'alarmisme exagéré de la presse étrangère.

14 mars. Nouvelle explosion : possibilité d'un rejet de particules "faible".Alors qu'une nouvelle explosion secoue la centrale déjà endommagée, Yukio Edano, le porte-parole du gouvernement, s'empresse d'annoncer que la possibilité d'un "rejet de particules radioactives est faible".

19 mars. Premières craintes autour de l'eau. De l'iode radioactif est détecté dans l'eau du robinet jusqu'à Tokyo. Les habitants sont informés qu'elle n'est dangereuse que pour les nourrissons. Ils ne veulent pas, pour la plupart, céder à la panique.

21 mars. Les épinards ne sont "pas dangereux pour la santé". La nourriture "contaminée", principalement les légumes feuillus, comme les épinards, est retirée du marché. Pourtant, le gouvernement annonce de manière contradictoire que leur consommation n'est pas "pas dangereuse pour la santé".

En colère contre l'absence d'informations concernant les risques liés à la consommation d'aliments, la qualité de l'air et de l'eau, les Japonais commencent à critiquer la presse, notamment sur Twitter.

24 mars. Eau à nouveau potable. L'eau est repassée en "dessous du seuil consommable pour les bébés", annonce le gouvernement. Le gouverneur de Tokyo, Shintaro Ishihara, se rend dans un centre de purification de l'eau et se sert un verre devant les caméras, pour prouver que l'eau n'est pas dangereuse pour la santé. Les Tokyoïtes font toujours le plein de bouteilles d'eau, qui commencent à se faire rare dans les supermarchés.

26 mars. "Nous devrons examiner la gestion de Tepco." Accusé de faire partie du lobby nucléaire et de ne pas être assez sévère avec l'opérateur Tepco, le ministre japonais de l'économie reconnaît du bout des lèvres que "lorsque la situation de crise aura été maîtrisée, nous devrons examiner la gestion de Tepco". Mais les erreurs de communication vont continuer. Des taux d'iode radioactif très élevés sont détectés en mer, malgré les annonces répétées de Tepco et du gouvernement sur l'absence de danger.

31 mars. Les résidents de Fukushima "peuvent être sereins". Tokyo refusetoujours d'élargir la zone d'exclusion, malgré les mesures de radioactivité alarmantes effectuées par l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) et Greenpeace. "Je ne pense pas que ce soit quelque chose de nature à exiger une telle action", déclare le porte-parole du gouvernement, Yukio Edano. Les résidents"peuvent être sereins", ajoute un responsable de l'Agence japonaise de sûreté nucléaire, un organisme officiel. Pourtant, le gouvernement se dit toujours "en état d'alerte maximale".

7 avril. Centrale d'Onagawa : fuites d'eau ou basculement ? Le Japon est touché par un nouveau séisme, qui fera quatre victimes. On apprend que la centrale d'Onagawa, plus au nord, a été touchée. Tepco annonce des fuites d'eau, ce qui provoque de nouvelles inquiétudes. On apprend par la suite qu'il ne s'agit pas de fuites mais d'un basculement du trop plein d'eau "faiblement radioactive" au-dessus de la cuve à la suite des secousses – un scénario moins grave.

Le gouvernement lève les interdictions sur les produits frais venus des environs de Fukushima, tandis que plusieurs pays ont arrêté ou fortemement régulé l'importation des produits agricoles en provenance du Japon.

11 avril. Excuses publiques de Tepco. Le gouvernement élargit, sous la pression, la zone d'exclusion à 30 kilomètres autour de la centrale. Masataka Shimizu, le PDG de Tepco, doit se rendre dans la région lundi pour s'excuser des troubles causés aux habitants de la préfecture de Fukushima. Il s'agira de la première apparition publique de M. Shimizu depuis le 13 mars. Le PDG était tombé malade le 16 mars et avait alors pris une semaine d'arrêt de travail.

    Antoine Bouthier


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